Retrouvailles… Thessalonique

Février 2026

Retrouver Thessalonique dans le froid, le vent, la pluie, la grisaille qui alternent par intermittence avec un soleil éclatant, presque téméraire mais encore hésitant. Du sommet de la colline couronnée de remparts anciens au nord, les coupoles des multiples églises orthodoxes ponctuent les quartiers bourgeois d’habitation qui dévalent la pente plein sud pour embrasser la mer prisonnière d’un vaste golfe dont la rive magnifie les Parapluies de Yorgos Zongolopoulos, abritant exclusivement touristes et grecs….

A l’ouest de la ville, près de la gare centrale, quartier commerçant aux multiples magasins de vêtements, de détail ou de gros, qui débordent à l’intérieur et à l’extérieur de ballots de fast fashion bon marché estampillés d’idéogrammes chinois.

La route défoncée qui traverse le quartier conduit à l’espace de l’ONG Wave en plein « quartier rouge » qui accueille l’équipe médicale de Medequali pour répondre deux jours par semaine aux besoins de santé des sans-abris et des personnes réfugiées ou sur la route.

Les autres jours, embarquement dans le véhicule mis à disposition par l’ONG genevoise Vanvorlife  pour rejoindre les camps de réfugiés du nord de la Grèce. Kavala, à 2 heures de voiture. Belle ville en partie verticale avec des maisons colorées en cascade.

Kavala abrite le Controlled Access Facility for Temporary Accommodation of Asylum Seekers, ancien camp militaire accueillant près de 1100  demandeurs d’asile dans la précarité et l’inconfort.

Dans la ville, petit centre communautaire géré par Northern Lights Aid, ONG norvégienne liée avec une association genevoise, qui fournit un soutien matériel et éducatif aux résidents du camp et accueille l’équipe médicale pour 6 heures de consultation hebdomadaire.

Le jeudi c’est le départ à Serres, entourées de montagnes enneigées. Une heure de voiture pour atteindre le camp de réfugiés, ancienne école agricole, en bordure de route nationale, accueillant de 700 à 1 200 personnes en principe temporairement.

A 100 mètres à peine, Lifting Hands International a bâti un centre communautaire. 8 à 10 grandes tentes, parois extérieures aux couleurs multiples dans la grisaille triste de l’environnement et du sol boueux.

Plaisir de nouvelles rencontres bien sûr : réfugiés ou jeunes bénévoles de l’ONG médicale.

Travail quotidien pour prendre en charge1 des pathologies multiples liées aux traumatismes passés, aux conditions de vie inhumaines du présent qui entraînent douleurs musculo-squelettiques, troubles alimentaires, lésions cutanées dont la gale ou troubles sévères du sommeil, psychiatriques ou somatoformes demandant du temps pour des explications et les démonstrations posturales et dynamiques pour contrer la diminution des moyens thérapeutiques.

Il y a aussi la multiplication des règlements, consignes, protocoles des ONG au nom de l’éthique et de la sécurité, limitant un travail empathique, certes empirique, mais efficace grâce à l’expérience du médecin sénior.

Hélas, la précarité des réfugiés augmente. Dans le froid glacial de Kavala, que dire à celui qui n’a qu’un pantalon troué, à celui qui n’a ni chaussettes, ni chaussures ? Que l’ONG qui distribue des vêtements ne le fait que deux fois par année et que la prochaine fois, ce sera en juin !!!

Pour celui qui n’a qu’une paire de sandale de plage avec une entorse de cheville symptomatique datant de plusieurs semaines : acheter une paire de chaussures adéquates pour fixer l’articulation grâce à Choosehumanity et voir sur le visage de ce jeune adulte une larme perler et un immense sourire de remerciements.

Tristesse de ne pas pouvoir les aider toutes et tous.

A vous, amitié et remerciements

Doc Pierre

Le pacte européen sur la migration et l’asile : de l’adoption à la mise en œuvre

Le pacte européen sur la migration et l’asile : de l’adoption à la mise en œuvre

L’article ci-dessous a été rédigé par notre association juridique partenaire A.Ss.I.S.T (assist-ch.org). Les droits d’auteurs sont réservés ©assist-org.ch. Nous remercions les auteurs de nous avoir autorisés à le publier ici.

En 2024, l’Union européenne a officiellement adopté le pacte européen sur la migration et l’asile, un ensemble de règlements interdépendants visant à remodeler les procédures d’asile et de migration dans les États membres. La phase législative étant terminée, l’attention s’est déplacée du débat politique vers la mise en œuvre nationale, où les effets pratiques du pacte seront déterminés.

Le pacte n’est pas un instrument juridique unique, mais un cadre couvrant les procédures aux frontières, les processus d’asile et de retour, le partage des responsabilités entre les États membres, ainsi que la collecte et l’échange de données. Si les textes juridiques sont désormais en place, de nombreuses dispositions ne deviendront opérationnelles qu’une fois transposées dans le droit national, les systèmes administratifs adaptés et les nouvelles procédures mises en pratique.

À ce stade, certains aspects clés de la mise en œuvre restent flous. Il s’agit notamment de l’ordre des réformes au niveau national, des ressources allouées aux nouvelles procédures et du fonctionnement pratique des garanties prévues par la loi dans des conditions de pression. Bien que le pacte établisse des règles communes, leur application dépendra fortement des systèmes nationaux existants, des capacités institutionnelles et des pratiques administratives.

Pour la Grèce, la mise en œuvre interagira avec un système d’asile déjà caractérisé par des procédures prolongées, une capacité d’accueil limitée et un accès restreint aux services essentiels pour de nombreuses personnes en quête de protection. Les changements introduits par le pacte ne devraient donc pas fonctionner de manière isolée, mais s’ajouteront aux pratiques d’accueil et de confinement établies et aux contraintes existantes.

La Grèce a entrepris les travaux préparatoires à la mise en œuvre du pacte de l’UE, avec le soutien technique de la Commission européenne. La pleine application des dispositions du Pacte est prévue à partir de mi-2026, après une période de mise en œuvre transitoire.

D’un point de vue opérationnel, le passage de la législation à la mise en œuvre renforce l’importance de la clarté juridique et de l’accès à des informations précises. À mesure que de nouvelles règles seront introduites, les personnes qui naviguent dans le système d’asile devront comprendre quelles procédures s’appliquent à elles, quels délais elles doivent prévoir et quelles options restent disponibles à différentes étapes. En l’absence d’une communication claire et de pratiques cohérentes, l’incertitude procédurale risque de s’accroître plutôt que de diminuer.

ASsIST s’intéresse principalement à la manière dont les changements juridiques et procéduraux sont vécus dans la pratique, au cas par cas. À mesure que la mise en œuvre progressera, il sera essentiel de surveiller la manière dont les nouvelles règles sont appliquées — et comment elles interagissent avec les conditions existantes en Grèce — afin de garantir que les personnes puissent accéder à l’information, aux conseils juridiques et aux garanties procédurales aux moments où cela compte encore.

 

Si le pacte harmonise les procédures et les systèmes de données, il n’impose pas de technologies de surveillance spécifiques. Le déploiement de systèmes automatisés aux frontières, tels que les systèmes biométriques de données d’entrée et de sortie, est régi par des instruments européens distincts et des décisions nationales de mise en œuvre.

Les pays non membres de l’UE associés à certaines parties du système d’asile de l’UE, notamment la Suisse et la Norvège, ne sont pas automatiquement liés par le pacte européen sur la migration et l’asile. Leur participation à tout élément du pacte dépendrait d’accords distincts et de décisions nationales, même s’ils continuent à participer aux mécanismes d’asile et de retour de l’UE.

 

 

 

 

 

ÉVOLUTIONS CLÉS À SUIVRE DE PRÈS

 

  1. Nouvelle loi sur les migrations et ses implications pour les services aux demandeurs d’asile

Le 6 février 2026, le Parlement grec a adopté le projet de loi sur la promotion des politiques de migration légale. La nouvelle loi établit un système centralisé sous l’égide du ministère de la Migration et de l’Asile pour la certification des employés et des bénévoles travaillant dans des ONG actives dans le secteur de la migration.

Bien que la nouvelle législation s’applique de manière générale aux ONG et aux professionnels du droit, sa mise en œuvre devrait avoir un impact particulier sur les organisations qui fournissent des services juridiques aux personnes demandant une protection internationale.

Selon le ministère, ce système vise à renforcer la surveillance et la coordination. Les praticiens du droit et les organisations de la société civile ont déclaré que les nouvelles procédures auront une incidence sur la capacité opérationnelle des ONG et des avocats qui fournissent une assistance juridique, en particulier en ce qui concerne le recrutement, le déploiement et la continuité des services.

Les commentateurs juridiques ont observé que la loi soulève des questions importantes concernant l’équilibre entre les objectifs de sécurité de l’État et les garanties existantes en matière d’indépendance professionnelle et d’activité de la société civile en vertu du droit grec et européen.

Le barreau d’Athènes (DSA) a déposé une requête en annulation, contestant les nouvelles exigences en matière de certification et d’enregistrement. La requête fait référence à des dispositions spécifiques de la Constitution grecque relatives à l’indépendance professionnelle, à la liberté d’association et aux protections juridiques. Les représentants du parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie, ont publiquement défendu la loi et contesté ces interprétations.

 

Les organisations d’aide juridique et les barreaux ont indiqué que d’autres requêtes seraient soumises au Conseil d’État (StE), la plus haute juridiction administrative de Grèce. Ces contestations portent principalement sur la compatibilité de la loi avec les normes juridiques constitutionnelles et européennes.

En attendant l’examen judiciaire, le nouveau cadre réglementaire est en vigueur et sera appliqué. Plusieurs organismes professionnels et organisations de la société civile ont déclaré que sa mise en œuvre aura des conséquences importantes sur l’organisation des services d’aide juridique et le fonctionnement des ONG dans le domaine de la migration.

 

Ce que cela peut signifier pour les demandeurs d’asile

Les organisations juridiques et les organismes professionnels ont déclaré que le nouveau système de certification aura une incidence sur la manière dont les ONG et les avocats recrutent, déploient et fidélisent leur personnel et leurs interprètes.

Pendant la période de mise en œuvre et de contrôle juridictionnel, certaines organisations ont indiqué que les retards ou les restrictions dans les procédures de certification pourraient affecter la disponibilité et la continuité des services d’information et d’aide juridique.

En conséquence, l’accès à des conseils juridiques, à des services d’interprétation et à une assistance juridique en temps utile pourrait devenir plus limité : les services pourraient être réduits, en particulier pour les personnes vivant dans des régions éloignées, dans des centres d’accueil ou en détention administrative. Ces effets dépendront de la manière dont cette loi sera appliquée dans la pratique et de l’issue des procédures judiciaires en cours.

ASsIST fournira de nouvelles informations à mesure que l’impact pratique de cette législation se précisera.

 

 

 

  1. Grèce et « centres de rapatriement » dans des pays tiers

En novembre 2025, des déclarations publiques de responsables du gouvernement grec ont indiqué que la Grèce étudiait la possibilité de participer à des discussions sur les « centres de rapatriement » dans des pays tiers. S’adressant à la chaîne publique ERT le 19 novembre, le ministre de la Migration et de l’Asile a déclaré que des discussions étaient en cours avec des « pays africains sûrs » qui pourraient accueillir les personnes que la Grèce n’est pas en mesure de renvoyer dans leur pays d’origine.

Selon le ministre, cette initiative a été développée par l’Allemagne, la Grèce ayant exprimé son intérêt à y participer aux côtés d’autres États membres. Aucun détail supplémentaire n’a été fourni concernant la portée, la base juridique ou le modèle opérationnel de ces accords.

 

 

Les autorités allemandes ont ensuite confirmé que la question avait été discutée au niveau ministériel au début du mois de novembre, faisant référence de manière plus générale à un intérêt commun pour des « solutions innovantes » visant à réduire la migration irrégulière. Aucune proposition concrète, aucun calendrier ni aucun cadre politique officiel n’ont été publiés.

À l’heure actuelle, on ne sait pas encore si ces discussions aboutiront à des accords spécifiques, comment elles interagiront avec les obligations juridiques existantes de l’UE et internationales, ni quelles catégories de personnes pourraient être concernées. Aucune information n’a été rendue publique concernant les garanties procédurales, les garanties juridiques ou le rôle des systèmes d’asile nationaux dans ces accords.

Comme pour les autres propositions actuellement en discussion au niveau de l’UE et des États membres, l’absence de détails rend difficile l’évaluation du fonctionnement pratique de ces mesures. Des précisions supplémentaires seraient nécessaires avant de pouvoir comprendre les implications pour les personnes demandant une protection internationale ou pour les procédures d’asile nationales.

Références

 

 

 

 

Calendrier de l’Avent 2025

Doc Pierre (Pierre-Alain Schmied !), membre de notre comité et bénévole super investi, continue de dévorer des livres. Des auteur·es des quatre coins de la planète, une thématique le plus souvent en lien avec nos préoccupations : les migrations, la diversité culturelle, les droits humains…

Doc Pierre partage ses découvertes : il en parle, il fait circuler ces ouvrages qui alimentent la réflexion…

L’an dernier,  nous convenions de vous en faire profiter sous une forme originale et inédite pour nous : un calendrier de l’Avent original.  Nous reconduisons donc l’expérience cette année. Rien de plus simple pour y participer : effectuez un don au profit de Choosehumanity jusqu’à fin novembre 2025 pour participer au tirage au sort qui permettra à 24 personnes de recevoir un ouvrage dûment emballé d’un papier festif par voie postale !

Comme d’ordinaire, les dons peuvent être effectués par virement bancaire (Banque Raiffeisen de Fribourg Ouest, 1752 Villars-sur-Glâne, compte : CHOOSEHUMANITY, Impasse du Croset 23, 1753 Matran / Suisse / IBAN : CH53 8080 8003 7079 7644 0) ou par TWINT (soit via le QR code, soit au numéro de téléphone 079 707 53 78). N’oubliez pas d’indiquer la mention « calendrier de l’Avent » ainsi que votre adresse postale !

Nous espérons que notre action vous séduira, que vous aurez plaisir à y participer et à la diffuser autour de vous ! Merci pour votre soutien !

De jolies pensées pleines de la lumière automnale pour vous !

Mary, Pierre-Alain, Caroline et Christèle

 

 

La musique : un langage universel qui rassemble

Bien que notre association Choosehumanity soit majoritairement active en Grèce, il nous arrive de mener des projets en Suisse, toujours dans le même esprit : faire une place aux personnes souvent marginalisées en raison de leur statut de migrantes. Place aujourd’hui à Delina, jeune éthiopienne d’une vingtaine d’années. Elle évoque dans cet article le projet Musique sans frontières qui se poursuit aujourd’hui grâce au soutien de Fribourg ville plurielle et Ici-Ensemble, dans un partenariat avec l’espace culturel La Coutellerie à Fribourg. Un grand merci à Alexandre Cellier pour sa contribution généreuse à ce projet magnifique !

Notre projet Musique sans frontières est né d’une conviction simple mais essentielle : la musique est un langage universel qui a le pouvoir de rassembler les gens, de briser les barrières et de créer du lien.

Au départ, le but de notre projet Musique sans frontières était de réaliser un concert autour du thème de l’antiracisme. Mais très vite, nous nous sommes attachés à ce projet, et nous avons ressenti qu’il devait continuer. Ce n’était plus seulement un événement ponctuel : c’est devenu une partie de notre vie.

Avec ce projet, nous avons voulu créer un espace où chacun se sent libre, accueilli et reconnu, sans distinction. L’un de nos objectifs principaux est de lutter contre l’isolement et contre toutes les formes de racisme ou d’exclusion. La musique, les activités collectives et le partage deviennent des moyens pour dire “ici, personne n’est seul, tout le monde a sa place”.

Chaque mardi, nous nous retrouvons pour faire de la musique, partager un repas, rire ensemble. Peut-être que cela ne se voit pas toujours de l’extérieur, peut-être que certains n’expriment pas directement leurs émotions, mais au fond, chacun de nous est heureux. Nous avons trouvé un endroit où nous nous sentons considérés, accueillis, comme à la maison. C’était devenu une part de notre quotidien, un rendez-vous important qui nous relie les uns aux autres.

Concrètement, nous nous sommes impliqués à plusieurs niveaux pour le poursuivre. Nous avons travaillé à l’écriture d’appels à projets pour obtenir des financements. Nous avons aussi mis la main à la pâte : aller cueillir les fruits, préparer et vendre des confitures, participer à la cuisine des repas collectifs, et bien sûr, créer de la musique ensemble. Toutes ces activités ne sont pas seulement des tâches pratiques : elles deviennent des moments de rencontre, d’échanges et de coopération.

Ce projet nous apporte beaucoup. Nous avons appris à collaborer en équipe, à être créatifs, à découvrir de nouvelles cultures et à partager nos propres talents. C’est aussi une expérience qui nous aide à nous sentir plus intégrés dans la société, à trouver notre place et à contribuer positivement.

En résumé, Music Sans Frontière n’est pas seulement un projet musical. C’est un projet humain, un projet d’intégration et de solidarité. Il nous montre que lorsque nous faisons les choses ensemble, avec cœur et ouverture, nous pouvons créer des ponts au lieu de murs, et construire une communauté où chacun se sent respecté et valorisé.

L’objectif de ce projet est simple mais vital : offrir aux gens un lieu où ils peuvent être bien, où ils ne sont pas négligés, où ils se sentent partie intégrante d’une communauté. On n’a pas toujours besoin d’argent pour aider : ce qui manque le plus souvent, surtout pour nous les immigrants, c’est le soutien émotionnel, le fait de sentir que quelqu’un croit en nous, nous accueille et nous donne confiance.

C’est exactement ce que Music Sans Frontière nous a apporté. Ce qui devait être une expérience unique, une opportunité ponctuelle, s’est transformé en quelque chose de beaucoup plus grand, de durable, d’humain. Nous avons créé des liens, appris à travailler ensemble, et surtout, nous avons trouvé un espace où nous pouvions être pleinement nous-mêmes.

Merci infiniment à tous ceux qui ont rendu cela possible.

Delina, octobre 2025

 

Septembre 2025 – Athènes à nouveau

 

Athènes, ville aux vestiges somptueux qui ont vu naître la démocratie.

Athènes, prison ouverte dans laquelle les droits humains fondamentaux sont bafoués sans que cela ne soit dénoncé. L’on continue à renvoyer en Grèce les migrant·es qui y ont obtenu une protection internationale, mais ne parviennent pas à y survivre et tentent ailleurs de se reconstruire une dignité.

Témoignage de Pierre-Alain Schmied, membre très actif de notre comité, et que nous remercions chaleureusement.

Bonheur de revoir les migrants rencontrés entre 2018 et 2025 au hasard des missions à Chios, Samos, Athènes, Thessalonique. En voir de nouveaux dont plusieurs familles de mères seules avec enfants.

Évidence : la situation empire autant pour les bénéficiaires de l’asile que les recalés. Tous restent en précarité extrême vivant d’expédients et de petits boulots dans le meilleur des cas, ou plus dramatique tombés dans la rue faisant la manche, se nourrissant de reliefs trouvés dans les poubelles.

Je laisse de côté les situations médicales dramatiques sans issue pour parler de I…, africain rencontré à Samos en 2019 et dont la trajectoire d’intégration et d’autonomie est parfaite grâce à son caractère conciliant mais toujours acharné pour construire son avenir en Europe, en soutenant ses deux enfants restés au pays. En Afrique de l’Ouest, l’école, dès l’enseignement primaire, y est ouverte à qui paie…

I… est un réfugié politique dans la trentaine, pas un migrant économique. Il était menuisier dans son pays. La Grèce lui a accordé la protection internationale de l’union européenne attestée par les papiers d’identité de l’UE.

Tout semble optimal et parfait pour reconstruire sa vie.

Et pourtant… Il doit serrer les dents, se faire discret, tout accepter : précarité, humiliation. Un véritable statut d’esclave.

Depuis trois ans, il a un contrat de travail, luxe impossible à la majorité, qui stipule trois jours de 9 heures de travail journalier pour 35€ par jour. Deux semaines de vacances par année.

La réalité est différente.  Depuis trois ans, il travaille 9 heures par jour, 6 jours par semaine. Manœuvre dans la construction, grimpant sans relâche sans baudrier sur des échafaudages sans barrières de protection pour porter de lourdes charges. Pas de pause ou d’aménagement particulier lors de la canicule de juillet. Ses mains ont encore les marques de brûlures dues aux poutres métalliques surchauffées portées à mains nues.

Le salaire officiel hebdomadaire, selon son contrat, est versé sur son compte bancaire : 105€. Les heures supplémentaires ne sont pas payées.

Le solde du salaire pour les 3 jours supplémentaires non déclarés, 195 euros, est payé sous la table,  ce qui exclut une couverture complète d’assurance accident professionnel et une pleine cotisation pour la retraite.

Son optimisme a de la peine à cacher l’angoisse de l’accident, de la chute, entraînant une disparition de tout revenu pour payer logement, nourriture, le soutien à ses enfants, sans compter le risque de précarité, voire d’invalidité.

Bienvenue dans l’eldorado européen.

Prenez soin de vous et des autres

Doc Pierre

Regard de Sylvia, bénévole de passage à Athènes

Merci à Sylvia Breitling d’avoir consacré quelques jours de son temps aux activités de Choosehumanity ! Une première expérience du terrain qui n’était pas simple : le choc est grand. Nous lui avons demandé de rédiger un petit texte à votre intention. Le voici :

« L’épaisseur de la ville me happe dès la sortie du métro. Je traverse la place bondée en cherchant, non sans appréhension, Mary du regard. Elle me voit vite ; je la repère au jaune de son sac. Elle me présente Paul, une aide si précieuse à Athènes. Sourire immense et doté d’un éclat au coin de l’œil plus scintillant que l’Acropole qui s’affiche quelque part au loin dans la nuit, dotée de grands phares impudiques semblant nous forcer à la contempler, avec ses roches et ses siècles. Tellement loin de ce qu’il faut voir ici, regarder, vraiment. Paul engage rapidement le trajet, ondulant d’un pas svelte entre les obstacles: stands, passants, tables, poussettes, lits de camps. Commence une étrange croisade d’allées et venues. On glisse, coulisse, court ; (et je peine à suivre) à travers les rues, pièces, situations.

Ce que je ressens de cette «parenthèse de voyage» ou «de transit»… «Parenthèse» justement, n’en est pas une. C’est une «part entière» de la vie de Mary. Elle accompagne, «entraîne au vivant en vivant». On la sent ouverte, vraie, forte, sensible, ce qui permet de s’adosser, se sentir en sécurité pour la suivre et se confronter. On est amené à la légitimité de ses propres forces et fragilités. A soi, à «ça» ; Réalité. Il ne s’agit pas ici d’adapter, de déplacer ou d’intégrer l’autre mais bien de s’intégrer soi-même, et partager. Vivre. Ensemble. Réapprendre. Dans un contexte totalement nouveau, étranger, inconnu, trouver des manières de «fonctionner», de contribuer autant que possible à rendre peut-être plus «gérables», pas «supportables» quelques trajectoires de vie qui justement ne le sont pas. Étranges sensations de contradictions : L’Occident accueille mais enferme, emmure ; il s’agit d’accepter d’être pris dans un engrenage ou les pavés semblent constitués de sables mouvants. Tout glisse mais rien ne bouge. Ne peut être que temporaire. Provisoire. Mais cloisonné.

On cuisine, joue, mange, rit. On soupire, on pleure à l’intérieur. Mary porte, cherche, trouve, désigne, pointe du doigt. Des couches pour bébé, des médicaments, des draps; un examen médical ; un cours de grec ; un emploi. Vérifier des payements ; commander des clefs ; transmettre des consignes pour contrer des douleurs dorsales. On va à l’essentiel, avec une légèreté non feinte, puissamment importante tant elle est nécessaire ; dans ce contexte ou chaque angle, chaque contour, pourrait être à vif.

Au détour d’une conversation, d’un repas partagé sur le coin d’une table, des confidences partagées… «Elle a fui pour éviter l’excision à sa fille». «Le dernier enfant, il est arrivé en raison d’une capote pétée ; prostitution pour subsister».  «Il y en a qui étaient tellement seuls ; il fallait quand même quelqu’un pour les enterrer. Il n’y avait que moi». Brusquement, sur l’écran du téléphone portable, un visage aux yeux clos apparaît, enserré dans un capuchon qui n’est pas celui d’une parka mais bien d’un sac mortuaire. L’éclat rieur dans les yeux de  Paul me semble plus humide pendant un instant. Peut-être qu’on effleure ici la raison de son intensité. Et dont on ferait bien de s’inspirer.

L’émotion dans une étreinte. L’éclat de rire ricoche au creux de l’oreille. La glace qui coule sur la joue du petit. Madeleines de Proust, on l’espère. C’est tellement peu. Trois grains de sable dans un Océan. Tellement insuffisant. Mais c’est déjà ça. Parce que c’est intolérable. Et c’est maintenant. »

Merci Sylvia pour ce texte émouvant !

Doc Pierre, retour de Thessalonique

Fin février 2025, nouveau départ pour la Grèce,  l’idéal  de Choosehumanity dans la tête, les médicaments dans la valise, des euros dans la poche  pour offrir quelques soins dentaires.

Retrouver Thessalonique pour cinq semaines. Froid hivernal et ciel voilé, assombri de pollution et de particules fines contrastant avec la lumière éclatante des stations rutilantes du métro automatique récemment ouvert avec la superbe et étonnante station Venizelou, véritable musée mettant en scène ruines grecques et romaines avec photos et videos explicatives. Touristes peu nombreux malgré l’ouverture du festival international de films documentaires.

Rejoindre l’ONG médicale, travailler avec de nouveaux volontaires, collaborer avec  Sarah,  coordinatrice médicale dont le professionnalisme et l’empathie allègent le quotidien, apaisant les tensions avec subtilité et les rivalités avec doigté. Pas toujours simple avec une équipe internationale de médecins, infirmières et autres volontaires en majorité très jeunes et fiers de leur enthousiasme.

Le travail est surtout possible grâce aux traducteurs, efficaces, indispensables, amicaux et tous migrants. Merci à Mohammed, Ali, Mohammad et tous les autres.

Occasion aussi d’entourer aux mieux deux jeunes étudiantes en médecine grecques pour illustrer le travail médical lorsqu’elles nous rejoignent pour quelques heures.

Début de Ramadan le 4mars : plus difficile pour les patients et pour l’organisation des soins décentralisés : en ville de Thessalonique, à Lagadikia à une heure de voiture ou à Ioannina, à 3 heures de voiture. L’équipe y passe la nuit, installation précaire sur les canapés de l’appartement de l’ONG  bernoise BAAS.

Les soins sont dispensés à des afghans, des arabophones, quelques somaliens, tous arrivés ces derniers mois, après un transit dans les îles. Très nombreux, des centaines par semaine, comme le confirment les messages hebdomadaires de l’ONG Aegean Boat Report qui signale hélas toujours des pushbacks vers la Turquie par les forces navales grecques.

A chaque départ en consultation, entasser les caisses de matériel et médicaments dans le Van fourni par l’ONG suisse  Van For Lifepour accueillir les migrants aux pathologies respiratoires, digestives, cutanées, rhumatologiques, toutes aggravées par les séquelles de stress post traumatique, le cauchemar du passé, l’anxiété du présent et du futur.

Souvent rester impuissant. Comment aider une famille afghane avec 3 enfants en bas âge, dévastée par le rejet d’asile ? Comment trouver insuline et matériel d’injection à un migrant lui aussi rejeté ?  Essayer d’aider un syrien, dans la rue depuis une semaine, à trouver un logement : expulsé du camp qu’il a dû quitter en 48 heures parce que sa demande d’asile a été acceptée. Une bonne nouvelle au goût amer. Quel paradoxe !

Multiplier les visites de pharmacies et de magasins d’articles orthopédiques pour acheter le matériel et les médicaments manquants : attelle ligamentaire, gel oral antimycosique ou  flacon d’antiseptique de douche pour éviter la récidive d’abcès cutanés.

Tenter d’obtenir un rendez-vous à l’hôpital pour un quadragénaire afghan dont l’hypertension reste sans traitement malgré plusieurs demandes écrites au médecin grec du camp.

Repartir en emportant les sourires, les remerciements  et signes de reconnaissance et bienveillance des migrants, sentir déjà le besoin de repartir pour un peu d’aide aux victimes de la cruauté et de l’égoïsme des hommes…

Et surtout essayer de garder espoir et confiance grâce à Janelle, née le 7 mars, magnifique petite fille, fierté de son papa, migrant africain rencontré à Samos il y a plusieurs années, toujours en galère après plusieurs rejets.

 

Avec amitié, prenez soin de vous !

Doc Pierre

Un calendrier de l’Avent pas comme les autres…

Doc Pierre (Pierre-Alain Schmied !) dévore les livres. Des auteur·es des quatre coins de la planète, une thématique le plus souvent en lien avec nos préoccupations : les migrations, la diversité culturelle, les droits humains…

Doc Pierre partage ses découvertes : il en parle, il fait circuler ces ouvrages qui alimentent la réflexion…

Belle idée lancée lors de notre dernière assemblée générale que de vous en faire profiter sous une forme originale et inédite pour nous ! En cette fin d’année 2024, nous lançons donc notre premier calendrier de l’Avent. Rien de plus simple pour y participer : effectuez un don au profit de Choosehumanity durant tout le mois de novembre pour participer au tirage au sort qui permettra à 24 personnes de recevoir un ouvrage dûment emballé d’un papier festif par voie postale !

Comme d’ordinaire, les dons peuvent être effectués par virement bancaire (Banque Raiffeisen de Fribourg Ouest, 1752 Villars-sur-Glâne, compte : CHOOSEHUMANITY, Impasse du Croset 23, 1753 Matran / Suisse / IBAN : CH53 8080 8003 7079 7644 0) ou par TWINT (soit via le QR code, soit au numéro de téléphone 079 707 53 78). N’oubliez pas d’indiquer la mention « calendrier de l’Avent » ainsi que votre adresse postale !

Nous espérons que notre action vous séduira, que vous aurez plaisir à y participer, et qui sait, à la diffuser autour de vous ! Merci pour votre soutien !

A toute et tous, le comité de Choosehumanity souhaite d’ores et déjà de belles fêtes de fin d’année !

Mary, Pierre-Alain, Caroline et Christèle

 

 

Echos de Thessalonique

Thessalonique, belle, accueillante, si différente d’Athènes.  La « ville haute », dédale de ruelles pentues de la période ottomane, accolée à des remparts ponctués de tours et de monastères byzantins, s’aplanit peu à peu, embrassant la « ville basse » qui entoure un golfe avec une mer calme, bleu sombre. Les vestiges romains ou ottomans y sont nombreux et les musées remarquables ravissent la foule de touristes.

Les réfugiés sont invisibles, parqués dans une lointaine zone industrielle ou dans des camps éloignés de plusieurs dizaines de kilomètres de la métropole.  Dans la ville, quelques SDF grecs illustrent dureté et précarité sociale en faisant la manche ou se protégeant, entre un matelas pourri et une couche de cartons, de la chaleur accablante – le thermomètre annonce 43o l’après-midi, plus de 30o au meilleur de la nuit.

 

Retrouver l’ONG médicale de Samos – Medequali team – pour une nouvelle mission. Le travail y est encore restreint, limité à la bonne volonté d’ONG partenaires qui ouvrent un espace de consultation où l’équipe médicale se déplace avec les médicaments de base répartis dans valise, sac et boîtes plastiques.

Deux fois par semaine, dans une zone industrielle de la ville, « quartier rouge » où fleurissent les salons érotiques, l’équipe de Wave – accueil des migrants et distribution de repas –  prête un petit local où un lit d’examen portable est déployé, permettant au médecin, à l’interprète, à l’infirmière ou à l’étudiante en médecine de consulter. Essentiellement des réfugiés arabophones, quelques afghans ou nord africains.

Les autres jours, départ en voiture pour un trajet de 50 minutes vers un centre communautaire proche du camp de Lagadikia où nous consultent arabophones et afghans. Aucun africain comme à Chios, Samos ou Athènes.

Pathologies habituelles : affections banales respiratoires, ORL, cutanées liées aux conditions de vie et à la chaleur ou états douloureux fréquents dus aux contractures et tensions musculaires touchant tête, nuque, dos, membres. Multiples dégâts dentaires. Traiter et soulager bien sûr. Surtout répéter et démontrer les positions, postures et mouvements pour une prévention efficace des récidives.

Puis alerte covid dimanche 19 juillet avec 2 patients positifs. Centre communautaire fermé. Travail avec masque FFP2 et gants… En quelques minutes, revivre le lock down de Samos en continuant de traiter les bobos habituels, jugés inintéressants par une volontaire qui n’a pas compris que l’intérêt est lié au patient et pas à une pathologie excitante… Le 23 juillet, le cas intéressant… pour certains. Une crise épileptique qui se répète chez un jeune homme de 25 ans. Mobilisation générale d’une partie des volontaires alors que le reste de l’équipe consulte, consulte encore, un téléphone en main pour une traduction à distance en attendant l’ambulance qui mettra près de trois heures pour arriver.

Pas de prise en charge possible des pathologies chroniques qui doivent être adressées, comme quelques autres situations dramatiques, notamment psychiatriques, à l’hôpital grec, parfois à Médecins du Monde mais toujours avec de longs délais d’attente. Comme toujours, essayer de trouver un rendez-vous de dentiste pour le soin urgent d’une ou plusieurs dents brisées, cariées, déchaussées.

Difficulté enfin devant le fossé culturel et sociétal pour aider une femme qui a tous les signes de violence intra familiale : hématomes sous-cutanés multiples et mutisme devant son époux, son fils expliquant qu’elle se mord en cas de crises…

Et comme souvent, un atelier d’enseignement « rhumatologie » pour l’équipe soignante, et un cours de santé et prévention dentaire pour les réfugiés où, immédiatement reconnu, j’ai eu le bonheur de revoir avec émotion et plaisir un africain rencontré à Chios il y a déjà 7 ans.

Au fil des années, la situation des migrants «acceptés, reconnus à être protégés» se détériore. Ils restent sans soutien pour le quotidien suite aux décisions gouvernementales qui se durcissent malgré la protection internationale accordée. Pour eux l’aide, restreinte, se raréfie au fil des mois avec un accès impossible au système grec de santé sans avoir emploi ou logement. Tous les autres, «les rejetés», sont totalement oubliés et ignorés à l’exception d’employeurs qui profitent de leur statut d’illégal pour perpétuer l’esclavagisme…

Les scandales répétés sur les conditions d’accueil et les rejets («pushback ») tant terriens que maritimes ne font pas bouger le gouvernement malgré les rapports internationaux accablants et la condamnation de la Grèce par Strasbourg.

La Grèce peut et surtout doit mieux faire, comme la Suisse et les autres pays de l’UE pour appliquer les conventions de Genève.

L’ours et la valise

Lorsqu’elle enlace l’énorme peluche reçu d’une association partenaire, ses yeux pétillent et témoignent d’une enfance traversée à pas de géants. Issue d’une culture où travailler à moins de 10 ans est monnaie courante, se retrouver comme elle mère à tout juste treize ans ne surprend pas vraiment, elle avait serré l’ours très fort contre elle en s’écriant « désormais, quand je serai triste, j’aurais quelqu’un auprès de qui me blottir ! ».

Lorsque je lui demande ce qu’elle envisage de faire, son front se plisse, ses yeux s’assombrissent, elle a le regard noir d’une femme d’âge mûr qui porte sur elle les stigmates d’un parcours complexe, des responsabilités à assumer, pour elle, mais aussi pour ce fils resté au pays, fruit d’un viol, à qui elle rêve de pouvoir offrir ce qu’elle n’a jamais reçu : sécurité et éducation.

Dix-huit ans à peine et déjà trois années d’errance et de solitude sur le chemin de l’exil. Le Soudan, la Libye, la Turquie… La traversée de la Méditerranée dans une embarcation de fortune, l’arrivée à Samos et le séjour dans sa jungle où bien que mineure non-accompagnée, elle devra se faire sa place parmi les adultes et parviendra à survivre tant bien que mal.

Sa protection internationale une fois obtenue, elle tente de mener sa vie dans la capitale, mais se rend très vite compte des dangers qui guettent une jeune et jolie presqu’encore adolescente à la peau d’ébène. Elle choisit de partir en Suisse, ce pays dit «à haute tradition humanitaire », qui balaie sa demande sitôt sa majorité atteinte. La faute aux accords de Dublin. La faute à une méconnaissance de ce qui attend les réfugiés statutaires en Grèce. A plus forte raisons si ces personnes sont noires. Et femmes.

C’est au matin du 15 mai dernier que la jeune fille est convoquée dans le bureau du foyer où elle réside. On lui demande de rendre la clé de sa chambre, on la menotte, on jette pêle-mêle dans un gros sac en plastique toutes ses affaires et on l’emmène sous contrainte à l’aéroport de Zürich. Direction la Grèce. Retour case départ, ou presque.

Aujourd’hui, Safiya tente de faire entrer dans une minuscule valise un maximum de vêtements. Avec ses huit kilos règlementaires, elle veut tenter sa chance ailleurs, une fois encore. Deux mois de galère à Athènes, c’est assez. Elle a pourtant fait de gros efforts pour conquérir son autonomie. Elle a trouvé un emploi, mais Impossible de signer le contrat de travail sans sécurité sociale (AMKA) et numéro fiscal (AFM), lesquels s’obtiennent, pour les réfugiés, sur présentation d’un contrat de travail ou contrat de bail (lequel ne peut être établi que sur présentation du AFM)… Bref … une approche « à la grecque », sans logique aucune, très éloignée de ce qui figure sur papiers…

Aujourd’hui, Safiya va prendre un nouvel avion.

Destination un autre pays européen.

Avec un espoir, tout petit certes.

Si petit que même sa valise bouclée, elle doute.

Mais se dit soulagée de savoir que la porte de notre appartement à Athènes lui reste grande ouverte.

Qu’ajouter ?

Mary / Athènes le 30 juin 2024