Février 2026
Retrouver Thessalonique dans le froid, le vent, la pluie, la grisaille qui alternent par intermittence avec un soleil éclatant, presque téméraire mais encore hésitant. Du sommet de la colline couronnée de remparts anciens au nord, les coupoles des multiples églises orthodoxes ponctuent les quartiers bourgeois d’habitation qui dévalent la pente plein sud pour embrasser la mer prisonnière d’un vaste golfe dont la rive magnifie les Parapluies de Yorgos Zongolopoulos, abritant exclusivement touristes et grecs….
A l’ouest de la ville, près de la gare centrale, quartier commerçant aux multiples magasins de vêtements, de détail ou de gros, qui débordent à l’intérieur et à l’extérieur de ballots de fast fashion bon marché estampillés d’idéogrammes chinois.
La route défoncée qui traverse le quartier conduit à l’espace de l’ONG Wave en plein « quartier rouge » qui accueille l’équipe médicale de Medequali pour répondre deux jours par semaine aux besoins de santé des sans-abris et des personnes réfugiées ou sur la route.
Les autres jours, embarquement dans le véhicule mis à disposition par l’ONG genevoise Vanvorlife pour rejoindre les camps de réfugiés du nord de la Grèce. Kavala, à 2 heures de voiture. Belle ville en partie verticale avec des maisons colorées en cascade.
Kavala abrite le Controlled Access Facility for Temporary Accommodation of Asylum Seekers, ancien camp militaire accueillant près de 1100 demandeurs d’asile dans la précarité et l’inconfort.
Dans la ville, petit centre communautaire géré par Northern Lights Aid, ONG norvégienne liée avec une association genevoise, qui fournit un soutien matériel et éducatif aux résidents du camp et accueille l’équipe médicale pour 6 heures de consultation hebdomadaire.
Le jeudi c’est le départ à Serres, entourées de montagnes enneigées. Une heure de voiture pour atteindre le camp de réfugiés, ancienne école agricole, en bordure de route nationale, accueillant de 700 à 1 200 personnes en principe temporairement.

A 100 mètres à peine, Lifting Hands International a bâti un centre communautaire. 8 à 10 grandes tentes, parois extérieures aux couleurs multiples dans la grisaille triste de l’environnement et du sol boueux.
Plaisir de nouvelles rencontres bien sûr : réfugiés ou jeunes bénévoles de l’ONG médicale.
Travail quotidien pour prendre en charge1 des pathologies multiples liées aux traumatismes passés, aux conditions de vie inhumaines du présent qui entraînent douleurs musculo-squelettiques, troubles alimentaires, lésions cutanées dont la gale ou troubles sévères du sommeil, psychiatriques ou somatoformes demandant du temps pour des explications et les démonstrations posturales et dynamiques pour contrer la diminution des moyens thérapeutiques.
Il y a aussi la multiplication des règlements, consignes, protocoles des ONG au nom de l’éthique et de la sécurité, limitant un travail empathique, certes empirique, mais efficace grâce à l’expérience du médecin sénior.
Hélas, la précarité des réfugiés augmente. Dans le froid glacial de Kavala, que dire à celui qui n’a qu’un pantalon troué, à celui qui n’a ni chaussettes, ni chaussures ? Que l’ONG qui distribue des vêtements ne le fait que deux fois par année et que la prochaine fois, ce sera en juin !!!
Pour celui qui n’a qu’une paire de sandale de plage avec une entorse de cheville symptomatique datant de plusieurs semaines : acheter une paire de chaussures adéquates pour fixer l’articulation grâce à Choosehumanity et voir sur le visage de ce jeune adulte une larme perler et un immense sourire de remerciements.
Tristesse de ne pas pouvoir les aider toutes et tous.
A vous, amitié et remerciements
Doc Pierre