Rien n’a changé entre les places Victoria et Amerikis où se concentrent les immigrés. Peu importe que l’asile soit accepté ou refusé, la précarité écrase tout le monde, s’imprimant sur les visages. Quelques grecs aussi affalés ou endormis sur des cartons dans les encoignures de portes.

En route pour les premiers rendez-vous avec la traversée de Victoria où rien n’a changé : même décor, mêmes protagonistes : africains et moyen orientaux sur les bancs, stand habituel des Témoins de Jéhovah,  brusque vrombissement des motos des policiers qui surgissent en trombe. Le scénario est le même aussi : contrôles prolongés des papiers et des téléphones, pas tout à fait aléatoires, décidés au faciès manifestement… Blancheur du visage comme passe partout, les occidentaux poursuivent leur chemin sans encombre, regard fixé sur leurs chaussures, par gêne, indifférence ou habitude…

A Amerikis, les contrôles sont plus musclés, répétés plusieurs fois chaque semaine. Les africains qui sirotent tranquillement leur boisson sont évacués des sièges du café du coin, forcés de s’aligner contre la balustrade du parc. Vérifications prolongées des papiers par une quinzaine de policiers, dont certains sont cagoulés.

Les rendez-vous médicaux s’enchainent. Revoir les nombreux amis rencontrés au fil des années, souvent soutenus par Choosehumanity : écouter les plaintes, expliquer les douleurs, répéter les consignes de posture et de mouvement, adapter la médication, évaluer la croissance d’un enfant de 4 ans avec dysplasie des hanches, rassurer une mère sur le souffle cardiaque de son enfant. En rencontrer de nouveaux, en galère sur le pavé d’Athènes. Courir les échoppes pour trouver des chaussures orthopédiques et les pharmacies pour renouveler les médicaments antiépileptiques ou antihypertenseurs.

Quelques tête à tête aussi pour partager un repas et ainsi  mieux appréhender le quotidien, la précarité financière, l’attente interminable de papiers d’identité ou de normalisation du statut,  l’exploitation de patrons ou de marchands de sommeil, la solitude, l’état psychologique, les angoisses,  l’état dépressif, le stress post-traumatique…

Quelques-uns s’en sortent mieux comme  Ch.. toujours optimiste, serein, généreux, ou Ho… qui a trouvé un équilibre de vie, ou encore A… rencontré à Chios lors de la première mission en 2018, qui respire le bonheur au volant de gros camions en Grèce continentale ou en Crête puis dès novembre entre la France, le Luxembourg, l’Allemagne et la Pologne.

Grand merci de votre aide, de votre générosité, de votre amitié.

Prenez soin de vous et des autres dans ce monde à la dérive

« Si la goutte d’eau paraît insignifiante dans la mer, elle est tout pour celui qui en bénéficie »

Rachid Benzine dans « L’homme qui lisait des livres  

 

Pierre-Alain Schmied

Septembre 2026